Mue Imaginale

Paroles, extraits


Les Roses

Embrasse toi sur mes lèvres
Disait l'homme à la vieille
Et allons donc danser tout deux
L'un est l'âtre et l'autre le feu


Dessine-moi un de mes rêves
Disait l'homme à l'oseille
Et allons donc claquer tout deux
L'un est l'âtre et l'autre le feu


Mais bien candide sont les roses
Qui fleurissent dans les tapins
Mais bien candides sont les roses
Qui fleurissent


Ebahis-moi de ta lumière
Disait l'insecte au réverbère
Car de vivre mourir se peut
L'un est l'âtre et l'autre le feu


Fais nous marcher une heure encore
Disait la veuve au croque mort
Il faut aimer pour dire adieu
L'un est rare et l'autre précieux


Mais bien candide sont les roses
Qui fleurissent dans les tapins
Mais bien candides sont les roses
Qui fleurissent


A l'horizon des temps modernes
S'enfuient sans cesse à perdre haleine
Des paradis qui sonnent creux


Quand la poussière te démange
Vient t'allonger sur l'herbe étrange
Sous l'arc-en-ciel majestueux


Mais bien candides sont les roses
Qui fleurissent

Aberdeen

Aux abois des prisons, aux arbres sans licol
Des tenailles d'acier me tiennent par le col
Des sirènes aussi s'ennuient à Aberdeen
Femmes à queue de poisson, à la langue saline


Dans le bocal étroit de leurs chambres de bonnes
Elles s'agrippent et font ainsi qu'une anémone
Des gestes de poisson et leurs yeux de Gorgone
Vous harponnent le coeur, je le sais, et pourtant


Au pied des murs épais, couverts de moisissures
Les pavés de granit me claquent la figure
J'arpente les allées, entre les réverbères
Tandis que la nuit vient, en rampant


Des sirènes d'amour s'ennuient à Aberdeen
Se coiffent de rosiers et se couvrent d'épines
Leurs serments de papier s'envolent des montagnes
Où grimpent les amants comme au mât de cocagne


J'aimerais leurs cris bleus
Et leurs yeux mugissants
Qui crachent leur écume à la gueule du vent
L'aube de l'univers, la mer, les goélands
Sous le ciel d'Angleterre se glissent doucement


Aux abois des prisons, aux arbres sans licol
Des tenailles d'acier me tiennent par le col
Des sirènes aussi s'ennuient à Aberdeen
Femmes à queue de poissons,

A la langue saline

Daphnée

Des diadèmes de plombs

lui pendent des chaussures, Daphnée
Reine parmi les reines
Où toutes les princesses

Se consument de haine

Ou bien de jalousie
Quand à travers ses tresses Ses yeux noirs de rubis
Me percutent et me percent


Daphnée, entre les voiles Brunes d'un grand lit à Haubans

Les courbes de la lune
Dessinent su ton corps

Des îles et des décors
Des brumes et des torrents
La crinière en furie

Des lionnes d'Andromède


Daphnée, de gros nuages Lourds montent

Dans un ciel noir
L'orage qui s'annonce

Est des plus gigantesques
Accroche toi au mât comme Au cul des calèches
Qui circulent la nuit entre les Plis des draps


Daphnée, dans ce lit de Noyade où même les naïades N'osent pas s'embarquer
Je te ferais monter d'un geste Abominable
Comme sur le billot

Où vont Les suppliciés

Tes lèvres sur mon cou
Passent comme une lame


Daphnée, je sens tes mains Qui montent

A l'heure des marrées
Comme une foule d'orques Du fond de l'océan
Viennent s'égratigner

Au corail de mes flancs
Me flattent de leurs palmes Et de leurs mains mouillées


Daphnée,

C'est le feu de Saint Elme

Qui hurle, comme

Un loup de mer
Un courant électrique

Me coule dans le sang
Vient s'échouer au bout

Du harpon de ma trique
Un navire ventru qui tend Son cou de fer


Daphnée, cambre toi

Si tu Peux

Aux parois de la chambre
Toutes voiles dehors,

Toute nue et cinglée
Nous cinglerons ensemble Vers des soleils couchés
Dans les odeurs de suif,

De fumée, et de chanvre


Daphnée, au beau milieu Enfin la mort, en cale sèche
S'écroule sur la plage

A force de nager
C'est là,

Au beau milieu des vagues

Et du varech
Que les marins perdus Viennent pour se noyer